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VISION MONDIALE & ACTION LOCALE

Marc Gross révèle ses secrets pour offrir des marques mondiales et locales de haute qualité aux clients du monde entier.

Heineken est l'une des entreprises brassicoles les plus célèbres au monde. Outre sa propre marque, Heineken brasse et vend également plus de 300 bières et cidres haut de gamme. Régionales, locales ou de spécialité, ces bières se déclinent sous les noms d'Amstel, Primus, Birra Moretti, Sagres, Cruzcampo, Star, Foster's, Strongbow, Kingfisher, Tiger, Newcastle Brown Ale, Zywiec et Ochota. Pour réussir avec tant de marques et sur tant de marchés, le groupe dispose d'un réseau mondial de distributeurs et de brasseurs dans plus de 70 pays. Directeur de la chaîne d'approvisionnement de l'entreprise, Marc Gross doit, entre autres, s'assurer que les clients de Heineken bénéficient constamment d'un produit de haute qualité, où qu'ils se trouvent dans le monde.

 

Heineken fournit des marques locales et mondiales à ses clients du monde entier. Commentgérez-vous une chaîne logistique aussi étendue?

Nous disposons, au total, d'environ 200 brasseries, usines de conditionnement et autres sites. Pour les gérer, ce qui n'est pas tâche facile, nous nous appuyons sur un solide réseau de gouvernance sur chaque site, avec des personnes qualifiées, de bonnes pratiques, des critères et des audits pour tous les aspects de la chaîne logistique. Pour la plupart de nos co-entreprises, nous conservons une maîtrise totale de la chaîne logistique. Nous disposons également d'un système de TPM (Total Productive Management), qui est notre façon de gérer les performances de nos lignes de production, que ce soit en termes de fonctionnement, de maintenance ou d'amélioration. Ce système, qui regroupe toute une série de critères pour évaluer les processus et les bonnes pratiques, garantit que toutes nos lignes de production dans le monde répondent aux mêmes exigences de qualité.


Comment garantissez-vous aux clients de Heineken un produit à chaque fois de haute qualité?

Pour répondre simplement: nous goûtons et analysons le produit. Notre marque phare Heineken est brassée sur 67 sites dans le monde. Pour garantir le respect de nos critères, chacune de ces 67 brasseries doit, chaque mois, envoyer un carton de produits Heineken à notre siège aux Pays-Bas, où il est goûté et analysé. En interne, nous goûtons le produit nous-mêmes etnos experts réalisent des analyses chimiques et microbiologiques. Nous analysons également l'emballage et l'étiquetage afin de vérifier que nos critères sont respectés. En cas d'un quelconque écart, que ce soit sur le produit lui-même ou sur l'emballage, nous envoyons un groupe d'experts chargés de réévaluer la configuration locale. Nos analyses sont extrêmement détaillées. C'est la seule façon de garantir que la saveur Heineken soit la même partout dans le monde. De plus, nous faisons appel à une entreprise extérieure pour échantillonner les produits Heineken sur chaque marché local. Ils contrôlent la présentation du produit dans les supermarchés et les bars de chaque pays. Ils en prennent même des photos qui sont ensuite examinées en interne par bon nombre d'entre nous. Même notre PDG, Jean- François van Boxmeer, reçoit ces rapports. Pour les nombreuses autres marques de notre portefeuille, nous équipements. Pour cela, nous adaptons la complexité de nos lignes de production et nous assurons, le cas échéant, des formations en interne ou bien nous nous associons à nos fournisseurs qui peuvent également assurer cette formation. D'autres paramètres entrent en jeu, comme les attentes salariales, mais au final, ce sont es personnes et leurs compétences qui prévalent.


Outre des services de formation, comment vos fournisseurs peuvent-ils vous aider à renforcer vos lignes de production?

Une ligne de production se résume, au final, à des questions de fiabilité et de flexibilité. D'abord et avant tout, nous demandons à nos fournisseurs de nous proposer des équipements fiables et des services de qualité pour la maintenance de ces équipements. Nous mesurons la fiabilité via l'OEE : nos fournisseurs doivent offrir l'OEE le plus élevé possible, soit actuellement entre 60 et 85% (Remarque: l'OEE, ou Overall Equipment Effectiveness, est une mesure en pourcentage de la productivité d'une ligne. L'OEE varie en fonction de différents facteurs, tels que les interruptions non planifiées de la ligne, les problèmes de qualité ou de cadence, les pannes de machines et les pénuries de matériaux ou de fournitures, etc. Plus le pourcentage d'OEE est élevé, plus la ligne est efficace). Mais la flexibilité rentre également en ligne de compte.

Personnellement, dans ce secteur, je ne pense pas que les fournisseurs soient assez nombreux à proposer une approche flexible en termes d'équipements et de services. Si j'achète une voiture pour 100 euros alors que je n'utilise que 10% des composants électroniques du véhicule, pourquoi devrais- je payer pour tous les composants électroniques? Autant acheter une voiture avec moins d'électronique pour seulement 90 euros. La plupart de nos lignes de production intègrent une structure de base, en quelque sorte un squelette, qui équivaut à environ 70% du prix de la ligne et qui convient à près de 70% de nos lignes dans le monde. Les 30 % restants doivent être adaptés. Je souhaiterais donc davantage de flexibilité afin de les adapter à nos différents produits et marchés locaux. Dans un avenir proche, face à l'évolution toujours plus rapide des marchés locaux, nous devrons être capables d'adapter plus appliquons différents points de ce même processus. Par exemple, la plupart des brasseries et des sites de conditionnement envoient des cartons de nos autres produits au siège, au minimum tous les trois mois.


Quel impact les facteurs propres à chaque pays ont-ils sur vos lignes de production?

Il y a différents paramètres, les populations étant le paramètre le plus important. Pour moi, la maturité dans ce contexte fait référence aux capacités des employés locaux. Le Nigeria et le Mexique, par exemple, disposent tous deux d'un pool d'employés expérimentés dans notre secteur : ils sont ainsi capables d'utiliser des machines plus complexes ou des lignes de production plus automatisées. D'autres pays n'ont pas un pool d'employés suffisamment étoffé pour y arriver. Le défi consiste alors à s'assurer que nos employés disposent des compétences adaptées aux vite nos lignes de production aux nouvelles conditions et aux différents formats d'emballage. Il y a là une opportunité à saisir pour les fournisseurs à la fois fiables et flexibles. Il ne s'agit pas seulement de trouver la machine la plus résistante ou la plus rapide : nous avons besoin de technologies fiables et flexibles pour satisfaire des marchés eux-mêmes de plus en plus flexibles. Lorsque vous y réfléchissez, vous pouvez aller beaucoup plus loin dans le concept de flexibilité. Par exemple, les fournisseurs pourraient nous aider en créant des machines déplaçables, totalement ou partiellement, d'un site à l'autre en fonction des cycles de demande.  C'est d'ailleurs déjà le cas, dans une certaine mesure, dans le secteur du vin. Cette idée n'est qu'un exemple des nouvelles pistes à explorer. En résumé, pour répondre réellement à mes besoins, il faut me proposer un haut niveau de fiabilité et de flexibilité. Une autre façon très importante, pour les fournisseurs, de nous aider est de nous permettre de réagir plus efficacement aux problèmes potentiels des lignes de production, grâce à de meilleurs systèmes informatiques. Sur n'importe quelle ligne de production, l'informatique est essentielle car c'est elle qui nous donne accès aux données nécessaires au contrôle des performances et à l'identification des pertes potentielles ou réelles, via notre système de TPM. Les systèmes informatiques fournissent les informations nécessaires pour analyser les problèmes au niveau de la ligne de production, ce qui nous permet ensuitede prévenir ou résoudre les problèmes en limitant les temps d'arrêt de production.  L'informatique nous aide aussi à contrôler, et donc à prolonger l'intégrité et l'efficacité des équipements. Pour toutes ces raisons, je préfèrerais investir dans l'information plutôt que dans l'automatisation. J'attends de nos fournisseurs qu'ils nous proposent de telles solutions et de tels services.


Heineken s'est engagé pour une responsabilité environnementale rigoureuse, intégrée dans votre programme «Brewing a Better Future». Dans quelle mesure cet engagement affecte-t-il votre stratégie en matière d'investissements ?

Les problématiques environnementales influencent inévitablement nos décisions en matière d'investissements dans notre chaîne logistique. Nous nous sommes fixé pour objectif de réduire notre consommation d'eau et d'énergie d'ici 2020. L'enjeu est simple: pour atteindre ces objectifs, nous devons intégrer ces problématiques dans nos décisions d'investissements. Nos fournisseurs peuvent également nous aider à atteindre ces objectifs.


Comment vos fournisseurs peuvent-ils vous aider à atteindre vos objectifs en matière de développement durable?

Tout d'abord, en nous aidant à optimiser au maximum nos lignes de production. Lorsque votre OEE passe de 50 à 85%, votre consommation chute de façon proportionnelle. Une ligne de production efficace utilise moins d'énergie, moins d'eau et autres ressources. Tout commence par là. Nous sommes également ouverts aux solutions d'emballage qui peuvent prouver qu'elles utilisent moins d'énergie ou moins d'eau. Toutes choses étant égales par ailleurs, si la seule différence entre deux machines est la moindre consommation d'eau, il est clair que cela influencera forcément notre décision d'investissement. Nous sommes également heureux de coopérer avec des fournisseurs de services capables de nous aider dans ce domaine, par exemple lorsque nous devons remplacer certaines pièces ou lorsque nous avons besoin de modernisations. Dans ces situations, nos fournisseurs peuvent nous aider à moderniser notre base existante afin de répondre aux critères exigés aujourd'hui en matière d'environnement. D'autres prestataires de services peuvent également nous aider, par exemple en formulant des préconisations et en proposant des audits environnementaux. Mais cela ne concerne pas qu'une seule entreprise. Heineken, Sidel et tous les acteurs de notre secteur doivent travailler ensemble pour concrétiser ce développement durable. Nous ne pouvons y arriver seuls.