8.4.22

INVENTER UN AVENIR DURABLE

Interview avec NIELS PETER FLINT, Architect, designer and sustainable-vision developer

Depuis combien de temps êtes-vous engagé dans le développement durable et quel a été votre déclic?

Cela fait plus de vingt-cinq ans que je me consacre au développement de nouvelles idées et à la conception de nouveaux produits, bâtiments et autres projets, le tout dans une démarche de développement durable. Pourquoi? Parce que je crois que c'est la seule voie possible si l'Homo Sapiens veut un avenir viable sur cette terre. Parallèlement, inventer un futur durable est devenu ma passion: imaginer ce que le monde pourrait être si nous agissions vraiment de façon responsable. Et je vous assure que, si c'était le cas, notre planète pourrait devenir un paradis. Si je suis passionné par le développement durable, c'est parce que j'avais déjà anticipé les problèmes que nous rencontrons aujourd'hui, comme le réchauffement de la planète, le pic pétrolier ou les ravages de la pollution. J'ai donc décidé d'essayer de faire valoir les alternatives qui s'offrent à nous. Voilà en quoi consiste mon métier aujourd'hui.


Selon vous, quelles sont les principales menaces contre la survie de l'Homme et quels sont les moyens concrets de les combattre?

Nous n'avons pas su gérer les ressources naturelles et notre relation avec la planète n'a jamais été aussi complexe. Nous avons généré des problèmes colossaux parce que nous n'avons pas su comprendre les limites de la planète et de l'atmosphère. Mais il ne faut pas oublier que toute cette pollution est aussi à l'origine de nombreuses avancées technologiques comme Internet, l'aéronautique ou le plastique bien évidemment. Nous profitons de toutes ces commodités et pouvons continuer à le faire, à condition de gérer nos ressources de façon radicalement différente. D'une certaine manière, la voie est simple: réutiliser autant que possible, recycler systématiquement. Dans le monde de demain, la notion de déchet n'existe pas: tout est ressource. Chaque chose doit être conçue de façon à pouvoir redevenir une ressource après son utilisation. Une fois encore, la démarche n'est pas si compliquée, mais il me semble qu'elle n'est possible que si chacun commence par prendre ses responsabilités et, plus important encore, si les mentalités évoluent: nous devons apprendre à penser autrement. Il faut en quelque sorte adopter une vision cyclique dans tout ce que nous faisons: réutiliser et recycler. En matière de pollution, ma principale philosophie est que tout ce qui est utilisé dans une quantité ou un endroit non appropriés est néfaste et génère de la pollution. Prenons un exemple: si vous vous nourrissez exclusivement de carottes pendant six mois, vous pouvez en mourir. Cela est valable pour tout: trop ou trop peu de n'importe quoi peut tuer. L'important est donc de trouver un équilibre pour tout et de comprendre que chaque chose est une ressource, aussi bien l'eau que le plastique ou l'or.


Comment envisagez-vous l'avenir?

Ce qui me passionne le plus dans tout cela est ce que j'appelle «l'innovation radicale durable». Je suis convaincu que presque tout ce que nous avons fait sur cette planète est à recréer. En effet, nous devons relever bien plus de défis qu'on ne veut le croire. Et bien d'autres défis encore s'imposeront à nous. L'eau en est un, et par conséquent, le plastique. Le PET est particulièrement intéressant, non pas parce qu'il peut sauver le monde, mais parce qu'il peut, à condition d'être géré intelligemment, initier un changement positif, non seulement par rapport au problème de l'eau mais aussi dans de nombreux autres domaines. Depuis plusieurs années, j'imagine une sorte de ville du futur, que je nommerais plutôt une «structure vivante». Je ne crois pas que nous continuerons à vivre dans de grandes métropoles à l'avenir: les villes à taille humaine se développeront à nouveau. Je ne parle pas des agglomérations en périphérie des villes, mais de zones où seront construits de grands immeubles, des structures sophistiquées où l'on vivra ensemble mais où la nature et la vie sauvage auront leur place. Le PET est crucial dans cet avenir imaginaire, car les matériaux légers seront très utiles pour construire des immeubles hauts entourés de terre et le PET peut jouer un rôle déterminant dans cette démarche. Actuellement, je travaille à la réutilisation de bouteilles en PET pour la construction d'une serre et d'autres créations dans ma propriété en France. Des projets similaires ont d'ailleurs déjà été réalisés, notamment à Taïwan, où un immeuble de trois étages a entièrement été construit à partir de bouteilles en PET. Le PET et plus généralement le plastique peuvent être utilisés de très nombreuses façons. Le PET est même l'un des plastiques les plus faciles à manipuler, à réutiliser et à recycler. Qui plus est, le fait que le Bio-PET ait déjà été développé prouve que ce plastique a de beaux jours devant lui. C'est précisément pour cette raison que je recherche des entreprises qui souhaitent s'essayer à la réutilisation et au recyclage des emballages PET.


Quelles sont les principales idées reçues associées au PET et au plastique en général?

En ce qui me concerne, je pense que les matières plastiques sont essentielles pour l'avenir. Gérer l'augmentation de la population mondiale avec un minimum de moyens modernes est tout simplement impossible sans plastique. À mon avis, il faut considérer le plastique quasiment comme de l'or: il doit - et peut - être recyclé à l'infini. Je dirais que la principale idée reçue sur le plastique est qu'il est nuisible. Et il peut l'être, mais seulement si on ne fait pas l'effort de le réutiliser et de le recycler. Un autre préjugé fréquent concerne son impact sur les ressources naturelles. Il est certain que la plupart des plastiques sont à base de pétrole brut, une ressource naturelle limitée. Mais dans les prochaines décennies, les ressources renouvelables telles que les déchets organiques gagneront en importance. Aujourd'hui, on fabrique du bio-PET à partir de déchets agricoles. Ces alternatives sont prometteuses et ne demandent qu'à se généraliser. Mais pour le moment, nous en sommes au stade du PET à base de pétrole brut: nous sommes bien obligés de le gérer. Il faut cependant remettre les choses en perspective. Aujourd'hui, 85% du pétrole brut que nous consommons sont dédiés aux voitures, avions, systèmes de chauffage et de refroidissement, etc. Si ces activités faisaient appel à d'autres sources d'énergie, on pourrait transformer bien plus de pétrole brut en plastique - plastique que l'on pourrait alors, dans l'idéal, utiliser à l'infini.


Voyez-vous l'avenir avec optimisme?

Il n'y a qu'une seule façon de relever ces défis majeurs: que chacun de nous devienne plus responsable. Sinon, les ressources dont nous avons besoin pour mener la vie que nous souhaitons ne seront pas préservées. Peut-être est-ce là la principale préoccupation: comprenons-nous réellement l'absolue nécessité de cet effort? Sommes-nous prêts à relever le défi? Personnellement, je vois d'innombrables moyens d'inventer un nouveau monde, plus vivant et surtout durable. Le monde dispose de technologies exceptionnelles, d'un vaste savoir et d'une population qui n'a jamais été aussi éduquée: nous avons donc tout ce qu'il faut pour réussir à imaginer de nouvelles solutions.