chris_dow_sidel_recycle

Chris Dow – LE PIONNIER DU RECYCLAGE PET

L`interview de Chris Dow

Lorsque l'Australien Chris Dow est arrivé au Royaume- Uni en 2008 pour créer une usine de recyclage de PET et PEHD, il s'est heurté au scepticisme général. Mais ayant constaté l'engouement des Australiens en faveur du recyclage du plastique, il était persuadé qu'un grand nombre d'autres pays suivrait aussi cette tendance. Et il avait raison. Son usine de recyclage de PET et PEHD, Closed Loop Recycling, traite aujourd'hui deux millions de bouteilles PET par jour et la demande de PET recyclé dépasse l'offre. Il s'entretient avec INLINE sur l'importance du recyclage du PET et les défis auxquels il est confronté pour convaincre les consommateurs de se lancer dans le recyclage des bouteilles PET.

 

Quand avez-vous décelé les opportunités offertes par le recyclage du PET ?

 

Je m'y suis intéressé suite aux Jeux olympiques de Sydney, pendant lesquels le recyclage a été très bien organisé. Tous les contenants étaient en PET afin de pouvoir être récupérés et recyclés. Suite à cet événement, mon partenaire s'est rendu au Royaume-Uni et a pris conscience que le pays ne comptait que peu d'infrastructures pour le recyclage du PET ; c'était donc une excellente opportunité à saisir.

 

Pourquoi avoir choisi le PET et non le verre ou le carton ?

 

Lorsque nous avons commencé, j'ai mené des recherches et découvert que 1) c'est un matériau d'emballage exceptionnel, 2) c'est une ressource non renouvelable et 3) des technologies permettent de le recycler à 100 %. Une fois tous ces éléments pris en compte, il n'y avait qu'une chose à faire : se lancer. Le PET est tout simplement un matériau de conditionnement incroyable. On peut voir le produit dans les rayons, ses performances sont bonnes sous l'effet de la carbonatation, il est commercialisable et surtout il protège les produits qu'il conditionne. Je me souviens de longs voyages en voiture avec ma famille en Australie lorsque nous n'avions que des canettes. Mes parents ouvraient une canette, nous buvions tous une gorgée et il fallait la terminer. Aujourd'hui, tout le monde a une bouteille PET : on enlève le bouchon, on boit et on remet le bouchon. La fonctionnalité du PET est une chose que nous tenons désormais pour acquise.

 

Quand vous avez commencé, le recyclage du PET était une activité naissante. Où avez-vous obtenu les équipements ?

 

Toutes nos machines viennent d'autres industries et ont fait l'objet d'adaptations. Par exemple, les trieurs de flocons étaient auparavant utilisés dans les sélecteurs de riz !

 

Est-ce qu'il a été facile de trouver des clients ?

 

Je ne m'étais sans doute pas rendu compte de l'étendue du travail commercial qui m'attendait pour convaincre les entreprises. Nous avons commencé par quelques cargaisons de camions de PET en provenance d'Allemagne et nous avons mené des essais avec des distributeurs comme Marks & Spencer, qui a été notre partenaire fondateur dans ce processus. Marks & Spencer a également réalisé des enquêtes auprès des consommateurs, et l'accueil extrêmement positif des clients en a été l'une des conclusions les plus notables. Le recyclage et les impacts écologiques étaient des problématiques dont se souciaient les consommateurs, ce qui a amené les distributeurs à soutenir le recyclage et à veiller à ce que des produits soient fabriqués en PET recyclé. Aujourd'hui, tous les grands distributeurs comme Sainsbury's, Co-op et Tesco sont conscients des atouts du recyclage.

 

Comment vous êtes-vous procuré le matériau au départ ?

 

C'était l'éternelle question des investisseurs potentiels : « Où allez-vous trouver le matériau ? » En 2004, le taux de recyclage des bouteilles en plastique n'était que de 5 %. Grâce à notre expérience australienne, nous savions que ce taux allait rapidement croître. Lorsque nous avons construit l'usine en 2008, le taux de récupération était passé de 30 000 tonnes par an en 2005 à 200 000 tonnes par an. Nous avions prévu d'acheter des bouteilles en Europe si nous ne parvenions pas à en récupérer au Royaume-Uni, mais cela ne s'est pas avéré nécessaire. La population britannique a adopté le recyclage avec enthousiasme et les enquêtes initiales menées par Marks & Spencer se sont avérées justes. Le timing a été parfait.

 

Quel est le facteur à l'origine de la hausse des taux de récupération ?

 

Cette hausse s'explique par les investissements effectués dans les systèmes de tri sélectif par conteneurs, qui ont été un grand succès. Aujourd'hui, le taux de récupération des bouteilles en plastique au Royaume-Uni est d'environ 58 %, alors qu'il était proche de 0 % il y a dix ans. En outre, 95 % des foyers britanniques ont un bac dédié aux bouteilles plastiques devant leur porte. Nous avons passé des marchés avec les sociétés de traitement des déchets pour récupérer les matériaux. Mais nous devons rester concentrés sur la collecte des bouteilles, car même si 58 % est un très bon résultat, cela montre que 42 % des bouteilles vont aux ordures ménagères.

 

Pourquoi avoir choisi le nom de Closed Loop Recycling (recyclage en circuit fermé) ?

 

Nous récupérons des éléments dans le flux des déchets et nous nous appuyons sur la technologie pour les remettre dans le flux des ressources. Les retombées sont énormes. En concurrençant la résine vierge, on réduit la consommation de ce qui est une ressource non renouvelable, on améliore la balance des paiements de la nation, on diminue la quantité de déchets qui vont dans les décharges, on réduit le bilan carbone, et on créé des dépenses et des emplois supplémentaires dans la communauté.

 

Des essais sont-ils effectués pour contrôler la sécurité du PET recyclé ?

 

Oui, et les essais sont devenus de plus en plus sophistiqués. Nous sommes soumis à des cadres réglementaires stricts. Le PET recyclé est accepté par la FDA américaine et les homologations de l'EFSA seront bientôt validées. Le matériau est incroyablement propre et sûr. Grâce à ce cadre réglementaire strict, le PET recyclé est en réalité plus sûr que la résine vierge.

 

Si le PET recyclé est si sûr, pourquoi son utilisation n'est-elle pas généralisée ?

 

Nous avons un faisceau de preuves exceptionnel qui met en évidence la sûreté et la qualité du PET recyclé ; cependant, on rencontre toujours des problèmes, liés en premier lieu au marketing. Le PET recyclé peut créer une légère décoloration, mais cela n'a aucun impact sur les performances ou la sécurité de la bouteille. Or sur un marché concurrentiel, les producteurs ne souhaitent pas se placer eux-mêmes dans une situation défavorable. De plus en plus de marques ont le courage de franchir cette étape et d'utiliser du PET recyclé, car c'est la bonne chose à faire et c'est ce que souhaitent les consommateurs. Par exemple, Coca-Cola utilise aujourd'hui entre 25 % et 30 % de contenu recyclé et est à l'avant-garde du marché. Il est important de reconnaître le travail mené à bien par de grandes marques comme Coca-Cola pour utiliser du matériau recyclé et encourager son utilisation sur le marché.

 

Est-il possible de favoriser le recyclage ?

 

Les facteurs économiques sont importants. Nous avons fait campagne pour qu'une réforme soit apportée au système de coupons de valorisation de l'emballage. Nous estimons que lorsque l'on achète 25 % de contenu recyclé, 25 % de l'emballage doit être exempté du coût des obligations de conformité. Nous souhaitons que l'engagement en faveur du recyclage soit reconnu, car il apporte une valeur ajoutée au système et favorise l'essor du recyclage, ce qui permettra d'augmenter la durée de vie de ces ressources précieuses non renouvelables.

 

Travaillez-vous de concert avec les distributeurs ?

 

Oui, bien sûr. Lorsqu'ils créent une nouvelle forme d'emballage, ils peuvent venir nous rencontrer et nous la testons dans notre usine pour évaluer sa recyclabilité. Nous travaillons également avec les distributeurs sur le design de bouteille. Par exemple, Sainsbury's a accepté de réduire la teinte de ses bouchons de bouteille, car cela affectait le processus de recyclage.

 

Quel accueil les distributeurs réservent-ils à votre discours ?

 

J'ai été stupéfait par l'ouverture d'esprit dont ont fait preuve les distributeurs concernant le recyclage. Le bilan carbone d'un produit est aujourd'hui un facteur d'achat important. Auparavant, les principaux facteurs étaient le prix et la qualité, alors qu'aujourd'hui, ce sont le prix, la qualité et le bilan carbone. Les distributeurs disent souvent à leurs fournisseurs qu'ils doivent réduire le bilan carbone de leur produit. Ils sont en phase avec les demandes de leurs clients.

 

Pensez-vous qu'un autre matériau d'emballage est susceptible de remplacer le PET et le PET recyclé ?

 

Non, pas à court terme. Les performances du PET sont si excellentes que nous devons préserver ce matériau et allonger sa durée de vie.

 

Quel sera selon vous le développement du recyclage du PET à l'avenir ?

 

Je pense que les partenariats augmenteront au sein de la chaîne logistique, et qu'un nombre croissant de producteurs travaillera avec les sociétés de recyclage - et que ces derniers seront de plus en plus nombreux à travailler avec les producteurs de résine vierge. L'industrie du recyclage va devenir plus élaborée : elle sera moins axée sur les déchets et privilégiera une fabrication perfectionnée.

 

La tendance récente en faveur de l'allègement des bouteilles a-t-elle eu un impact sur votre activité ?

 

Dans un monde parfait, peu importe, car il est possible de récupérer tout ce que l'on fait entrer dans le processus de recyclage. Mais dans la pratique, les trieuses optiques doivent identifier un plus grand nombre de bouteilles pour obtenir le même tonnage de matériau en sortie. C'est le facteur qui a eu le plus grand impact. Tant que les performances de la bouteille ne sont pas affectées, cela reste la bonne chose à faire.

 

Le recyclage du PET a connu un essor considérable dans les pays développés. Constatez-vous la même tendance dans les pays en développement ?

 

Nous connaissons des sociétés de recyclage qui commencent leur activité en Afrique en récupérant le matériau dans différents pays. C'est la preuve de la valeur intrinsèque du PET. Ce n'est plus simplement un déchet qui peut être jeté, mais une source d'argent. Les populations récupèrent donc le PET et empochent l'argent, car il est tout simplement devenu trop précieux pour faire partie des déchets.

 

Avez-vous trouvé de nouvelles utilisations au PET recyclé ?

 

Oui, nous ne produisons pas seulement un produit de remplacement au PET vierge, car nous fabriquons aussi des sous-produits. Notre objectif est d'éviter toute utilisation qui ne soit pas recyclable. Aujourd'hui, le PET recyclé a des usages que nous n'aurions jamais pu prévoir quand nous avons commencé, dans plusieurs secteurs : tuyauterie, industrie automobile, climatisation. Ses caractéristiques sont exceptionnelles dans tous ses domaines d'utilisation.

 

Menez-vous des actions pour encourager le recyclage ?

 

Nous avons mené notre campagne en faveur des bouteilles : intitulée We Need Your Bottles, elle incite les consommateurs à jeter leurs bouteilles dans le bac de recyclage. Il nous est facile de trier les différents emballages en plastique : en encourageant le consommateur à jeter toutes les bouteilles en plastique dans le bac de recyclage, nous lui évitons de prendre une décision, ce qui simplifie les choses. Nous devons veiller à ce que ce message soit entendu. L'un des grands atouts du recyclage est qu'il constitue une opportunité de faire un geste quotidien pour l'environnement.

 

DE PLUS EN PLUS DE MARQUES ONT LE COURAGE DE FRANCHIR CETTE ÉTAPE ET D'UTILISER DU PET RECYCLÉ, CAR C'EST LA BONNE CHOSE À FAIRE ET C'EST CE QUE SOUHAITENT LES CONSOMMATEURS.

 

CELA CONSISTE À RÉCUPÉRER DES ÉLÉMENTS DANS LE FLUX DES DÉCHETS ET À S'APPUYER SUR LA TECHNOLOGIE POUR LES REMETTRE DANS LE FLUX DES RESSOURCES.

 

CLOSED LOOP RECYCLING


Dans son usine de l'Est de Londres, au Royaume-Uni, Closed Loop Recycling produit du PET et du PEHD recyclés de qualité alimentaire à partir de bouteilles en plastique usagées. Grâce à des technologies de pointe, ce sont chaque année 55 000 tonnes de bouteilles qui sont triées, lavées, nettoyées et retraitées pour en faire du PET et du PEHD recyclés conformes aux normes de l'Union européenne et de la FDA américaine. Ainsi, 1,3 milliard de bouteilles sont retraitées au niveau local au lieu d'être exportées à des fins de recyclage ou d'être envoyées à la décharge, ce qui représente une économie d'environ 82 500 tonnes d'émissions de dioxyde de carbone par an.

 

UNITED RESOURCE RECOVERY CORPORATION


Le processus URRC est utilisé pour transformer les flocons en produit de qualité alimentaire. Développé par une entreprise américaine appelée United Resource Recovery Corporation, le processus URRC est actuellement utilisé dans plusieurs pays et il est conforme à toutes les normes de l'Union européenne et de la FDA américaine. Pour nettoyer le plastique et enlever tous les produits contaminants, la couche superficielle du flocon PET est enlevée à l'aide d'une solution de soude caustique. Le processus fait l'objet d'un contrôle rigoureux et la réaction se produit en plusieurs phases, avec l'élimination soigneuse et le traitement de tous les sous-produits.

 

Télécharger l'article en fichier PDF.

Télécharger tout le magazine Inline 7.