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Quand la science se trompe : en finir avec les idées reçues

La sécurité alimentaire est un sujet qui préoccupe de plus en plus les consommateurs. Les équipes de chercheurs réalisent donc des essais sur différents produits, ainsi que sur l’emballage dans lequel ils sont vendus. Dans leur volonté de protéger les intérêts des consommateurs, ils publient cependant très souvent des rapports peu concluants, voire contradictoires.

Certains de ces rapports sont repris par les médias qui diffusent des informations erronées et induisent les consommateurs en erreur. Benoît Lefebvre, Responsable des affaires réglementaires chez Elipso, association française de l'emballage plastique et flexible, et Luc Desoutter, Sustainability Officer de Sidel, nous expliquent l'origine de cette confusion et comment éviter les campagnes alarmistes et la diffusion de fausses informations.

Ces dernières années, les consommateurs ont entendu beaucoup d'informations contradictoires sur l'innocuité du PET. Où est la vérité?
LD: Tout démontre que le PET est sûr à 100 %. Il est utilisé depuis plus de 30 ans sans effets secondaires. Son absence de nocivité a été confirmée par toutes les organisations officielles de sécurité alimentaire : la FDA, la SFDA, l'ANSES et l'EFSA. 
 
Pourquoi la version communiquée au public est-elle différente?
BL: Les problèmes sont apparus lors de la publication de recherches scientifiques incomplètes: les médias se sont emparés de certains de ces messages, qui ont fait peur au public. 
LD: Le PET a par exemple été associé au bisphénol A (BPA), alors que ce n'en est évidemment pas ; toutes les agences officielles ont été claires sur ce point. Malheureusement, certaines ONG ont participé à des débats pseudoscientifiques, ce qui n'a fait que renforcer ce lien dans l'esprit du grand public et le sensibiliser sur un matériau qui est complètement sûr.

Le BPA a fait l'objet d'un débat houleux ces dernières années. Le PET en a-t-il fait les frais?
BL: Oui, mais le PET n'a pas été le seul à en subir les conséquences. C'est à cause du lien établi entre un grand nombre de matériaux différents et le BPA que ces matériaux se sont retrouvés à tort dans ce débat. Il y a quelques années, des études non concluantes mentionnaient des problèmes de santé posés par l'utilisation de BPA dans des biberons ou verres pour bébé. En dépit du caractère préliminaire du rapport, Santé Canada a proposé d'interdire les ventes et l'importation de biberons en polycarbonate contenant du BPA. Les médias se sont emparés de l'histoire, et l'inquiétude du grand public s'est propagée comme une traînée de poudre. En septembre 2012, Santé Canada a néanmoins fini par conclure que l'exposition diététique effective au BPA dans les emballages alimentaires ne posait vraisemblablement pas de risque de santé pour le grand public, y compris les nouveau-nés et les jeunes enfants. Mais le mal était déjà fait, et le BPA a été jugé nocif pour la santé par les consommateurs. 
LD : Le problème vient du fait que les études sont très souvent publiées sans qu'il soit précisé qu'il s'agit d'études préliminaires. En France, en septembre 2011, l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) a publié la première partie d'un rapport sur la dangerosité du BPA. Cependant, le risque dépend entièrement de la manière dont nous sommes exposés au danger : sans exposition, il n'y a aucun risque ! La question de l'exposition devait être abordée dans la deuxième partie du rapport, qui devait être publiée quelques mois plus tard. La première partie du rapport n'exprimait que des hypothèses et n'était donc pas assez concluante, mais elle a fait l'objet d'une couverture simpliste des médias, ce qui a induit les consommateurs en erreur. La deuxième partie du rapport français sur le BPA a depuis été publiée : trois des quatre effets qui avaient été identifiés dans le premier rapport ont finalement été jugés « négligeables » dans ce dernier rapport. Le quatrième effet a fait l'objet d'un niveau de confiance « modéré ». L'autorité européenne elle-même pourrait publier ses propres conclusions finales sur le sujet, et la consultation est en cours. 

Mais qu'en est-il des différentes organisations sanitaires internationales? Ne peuvent-elles pas intervenir pour rétablir la vérité?
BL : Oui, mais leurs déclarations sont souvent tout aussi contradictoires. Par exemple, suite à l'avertissement de Santé Canada sur le BPA dans les biberons, le gouvernement français a voté l'interdiction de produire et de commercialiser des biberons contenant du BPA: cette décision a été prise malgré un rapport de l'ANSES affirmant qu'il n'y avait aucun risque lié à l'utilisation de BPA dans les biberons. En outre, la décision a été prise sans que l'EFSA ne soit impliqué. Voilà ce qui se produit lorsqu'on laisse parler les émotions au lieu des faits scientifiques.

Le PET n'a-t-il pas été accusé à tort d'être cancérigène?
LD : Oui, un médecin a affirmé que les bouteilles en PET laissées dans les voitures en pleine chaleur estivale devenaient cancérigènes. Il a été ensuite prouvé que cette information relevait de l'intox. D'autres informations erronées ont circulé sur la nocivité du PET pour l'environnement. C'est tout simplement absurde, car le PET est 100 % recyclable. Malheureusement, les gros titres peu scrupuleux restent gravés dans la mémoire du grand public. Communiquer les bonnes informations au consommateur moyen reste un défi. 

Comment éviter cette tendance à l'alarmisme?
BL : Nous avons besoin d'une autorité sanitaire forte et digne de confiance au niveau européen, en mesure de démasquer les mauvaises études scientifiques et de calmer les craintes infondées du public. Les faits ne seraient ainsi plus déformés, et il serait plus simple de faire des affaires au-delà des frontières européennes. La coopération entre les autorités nationales et l'autorité européenne est plus essentielle que jamais.
LD : Nous avons constaté que les autorités nationales cédaient trop facilement à la pression suscitée par les campagnes alarmistes et les adeptes de la théorie du complot. 

Mais il faudrait des ressources supplémentaires importantes pour bénéficier d'une solide autorité européenne sur la sécurité alimentaire. Pensez-vous qu'en ces temps d'austérité, il soit  réaliste de trouver ce type  d'investissement?
LD : Vous avez raison : des investissements sont nécessaires. Mais avec une entité qui saurait se faire entendre et qui aurait les ressources nécessaires pour les recherches, le grand public pourrait avoir plus facilement accès aux bonnes informations. Des substances comme le PET ne seraient ainsi plus au cœur de campagnes alarmistes.
 
Pensez-vous que nous ayons des raisons de nous inquiéter pour l'avenir du PET?
LD : Malgré la confusion et les craintes engendrées, nous ne constatons pas d'impact mesurable sur le marché du PET, qui est en plein essor. C'est grâce à la confiance des consommateurs et au travail approfondi réalisé par les organisations professionnelles du monde entier : Elipso en France, Plastics Europe, ACC, IK, NAPCOR et bien d'autres qui ont contribué à tordre le cou à ces fausses informations.

Le Who's Who de la sécurité alimentaire 
FDA: Food and Drug Administration (agence américaine de  surveillance des aliments et des médicaments)

SFDA:
State Food and Drug Association (agence chinoise de 
surveillance des aliments et des médicaments)

EFSA: Autorité européenne de sécurité des aliments

ANSES: Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, 
de l'environnement et du travail

À propos d'Elipso 
Elipso est l'association française de l'emballage plastique et flexible. Au nombre de ses membres figurent des producteurs d'emballages et de plastiques, ainsi que des sociétés de recyclage et des entreprises de logistique.
 

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